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Enseigner autrement avec le numérique Vers un « homonuméricus ? »

Conférence de Dominique TARAUD

Conférence de Dominique TARAUD

Inspecteur Général des Sciences et Techniques Industrielles de l’Education Nationale

 

 

 

Introduction :

Le développement du numérique permet une réflexion sociétale : Est-ce que c’est l’aspect technique qui est important dans l’approche des enseignants vis-à-vis du numérique. Tentative d’aborder le problème autrement.

Projection de la vidéo TEDx « uncolledge ». Un jeune explique pourquoi un étudiant Américain a décidé de quitter l’université, parce qu’il estime, qu’il peut apprendre d’une meilleure façon tout seul, par lui-même, sans aller en classe, sans obtenir de diplôme. Il pense que tous les étudiants devraient faire la même chose. Il a pour cela crée un mouvement : « uncollege » il est soutenu dans cette démarche par Peter Thiel créateur de Paypal.


C’est un choc pour les enseignants d’entendre qu’on ne s’est jamais autant embêté en suivant des cours. Quelque part c’est une réalité en étude supérieur, mais le phénomène est en train de gagner le secondaire. Il y a un problème d’équilibre entre ce que nous proposons en tant qu’enseignant et comment les élèves le reçoivent. C’est un phénomène de société qui tourne autour du numérique. On peut le développer en posant les trois questions suivantes :

Question 1 : Comment passer des Tice au numérique éducatif ? Qu’est-ce que ça veut dire, qu'est-ce que ça change?

Question 2 : Comment passer d’une éducation par le numérique à une éducation au numérique ? Ça veut dire quoi ? Une éducation par le numérique c’est utiliser les outils numériques pour que les élèves apprennent mieux. Enseigner au numérique ça veut dire que le numérique devient quelque chose d’incontournable. C’est notre société. Une question se pose, comment peut-on enseigner quelque chose à un élève en étant en décalage avec la vie sociale ?

Question 3 : Comment accompagner le passage de l’utilisation d’un outil (l’informatique) à un instrument ? L’instrument pour les élèves est intégré, il existe, il change les représentations, influe sur les savoirs et les pratiques.


Un changement de paradigme :

Nous vivons la bascule d’une société à une autre, selon 3 dimensions :

  • Cognitive : on apprend quoi, où, quand, comment, on retient quoi ?

Comment l’informatique et le numérique sont en train de modifier complètement notre relation au savoir. Qu’est-ce qu’il faut continuer d’apprendre ? C’est quoi le mot apprendre ? Pourquoi retenir par cœur ? En allant sur Google, on trouve les réponses en quelques secondes. En tant qu’enseignant il est important de se préparer à ce type de questions des élèves.

Il y a une dimension cognitive, il faut trouver l’équilibre entre ce que je dois continuer d’appendre, pourquoi, comment et ce que je peux trouver sur les réseaux au moment où j’en ai besoin.

  • Sociale : on apprend avec qui et pourquoi faire ?

A l’école on arrive très bien à faire fonctionner les élèves de manière collective mais on a du mal à sortir de l’évaluation individuelle. Même si ce fonctionnement a encore beaucoup de qualités on rentre alors en collision avec une évolution des pratiques sociales. On répète que le monde n’a jamais été autant individualiste mais il n’a jamais été non plus autant connecté.

L’étudiant est en communication permanente avec son réseau. Comment faire pour retrouver cet équilibre entre je travaille seul, je travaille aussi en équipe et en groupe. Par exemple l’étudiant écoute le prof et en même temps échange des tweets sur le cours, il est connecté et plus tout seul face à l’enseignant.

  • Politique : on apprend dans quel contexte, quel environnement global, avec quelles nouvelles règles (au sens de « lois ») implicites et quelles relations citoyennes ?

Le numérique amène un changement en profondeur de la société. La communication dans les campagnes électorales, passe autant par l’affiche, que par les réseaux sociaux. C’est quelque chose qui est en train de bouleverser tranquillement en profondeur notre société.

Le numérique n’est ni une régression, ni un progrès, c’est une réalité (Paul Mathias, IGN Philo). Pour un enseignant c’est quelque chose qui n’est pas facile et qu’il faut assimiler.

Nous vivons une rupture fondamentale particulière, nos enfants font partie de la première génération née avec le numérique alors que nous parents nous ne sommes pas nés avec le numérique. La question que nous pouvons nous poser quand nous éduquons nos enfants, comment pouvons-nous ressentir ce que les jeunes ressentent avec le numérique. Notre éducation initiale d’éducateur n’est pas la leur. Eux sont nés avec, ils ne se posent même pas la question. C’est rare dans un développement de société de retrouver ce genre de situation.

Nous avons du mal à comprendre comment ils peuvent raisonner et ressentir les choses.


Apprendre « penser en information »

Aujourd’hui on traite essentiellement de l’information, ce sont les financiers qui ont été les premiers dans ce domaine. Aujourd’hui la matière première c’est de l’information.

Qu’est-ce qui peut donner aujourd’hui l’envie de « faire » à un jeune ados, sachant qu’il baigne dans le numérique ? Il y a des choses à faire pour donner envie de retrouver et de développer des formes nouvelles de culture du « faire », du « produire », du « créer » du « communiquer ». Cela va dans le sens du développement des Fablab.

Ce qui accompagne cela c’est la communication.

Un jeune aujourd’hui « fait » pour communiquer ce qu’il a fait et non pas seulement pour faire. Ce qui marche le mieux se sont les images, les photos.



L’impact des réseaux sociaux :

La durée de fréquentation des réseaux sociaux pour les scolaires de 13 à 16 ans en Europe est en moyenne, de 118 minutes par jour !

On privilégie le maillage et les réseaux ce qui induit la modification du concept de « communauté », la mutualisation et le partage des ressources, et donc un changement profond de mentalité et de pratiques professionnelles et personnelles.

Une connexion en cours parait « normale » avec cet éclairage.

Le concept de communauté a explosé. Tout le monde est maintenant concerné, jeunes et adultes. Les gens sont présents à distance sans se rencontrer physiquement. Ils arrivent malgré tout à faire vivre des choses.



L’impact des réseaux sociaux professionnels. De plus en plus de grandes sociétés ont développé en parallèle des échanges par mails des réseaux sociaux professionnels.

- Evolution incontournables des pratiques professionnelles industrielles à intégrer dans les formations. Ceci améliore considérablement la communication à l’intérieur de l’entreprise.

- Outil de partage, d’échange des pratiques, de mutualisation « libre » hors des circuits constitutionnels. Ceci change les habitudes en profondeur.

- Vers une pédagogie « connectiviste » fondée sur les échanges, le collaboratif, la mutualisation des élèves comme des enseignants.

En pédagogie on trouve des réseaux privés ou semi privés.

Exemple : « mail STI2D » permet de communiquer et d’échanger des idées.


Des instruments de changement…

L’internet sur soi (smartphone, tablette…), il s’installe partout et bouleverse l’accès aux informations.

Quid du BYOD (acronyme de « Bring your own device » qui se traduit par « apportez vos appareils personnels ») Des grandes entreprises Américaines se sont rendues compte qu’en équipant leurs collaborateurs avec des appareils personnels transportables et connectables elles augmentaient très nettement leur efficacité.

Ceci engendre un phénomène nouveau, il devient très difficile de faire une coupure nette entre milieu professionnel et le domaine personnel. Avec les ENT et les différents réseaux, les enseignants sont de plus en plus concernés par ce phénomène. Les rapports sont ainsi modifiés en profondeur entre enseignants et enseignés.

L’instrument « interface Homme Machine » change les pratiques sociales.

Le mot « digital » passe de la traduction de « numérique » en anglais à la désignation du système de pointage avec le doigt des tablettes et smartphone… Les interfaces graphiques qui permettent de travailler sur des tablettes ou des smartphone sont en train de faire évoluer les logiciels et les applications de manière très importante. Significatif de l’intégration du numérique dans la société et de l’intégration d’une technologie dans le geste du quotidien…

L’ergonomie de tout le numérique est en train de changer en profondeur, on vient de connaître une période basée sur le concept du menu déroulant et de la souris et nous passons à une période où vont se généraliser des interfaces beaucoup plus épurées, « conditionnelles » qui doivent être particulièrement ergonomiques pour rester facile à utiliser.


Structurer la pensée par l’image ?

On assiste à une explosion de la valeur de l’image comme cela n’était jamais arrivée (images hybrides, images d’images, capture d’écran). On se demande quel va être la place de l’écrit par rapport à ce développement de l’image. Les enseignants doivent réfléchir à ce qui relève des apprentissages plus intéressants par l’image des apprentissages ou l’on doit continuer d’utiliser l’écrit. Rester uniquement sur l’écrit est aujourd’hui impossible. Il ne sera pas facile de trouver un point d’équilibre.

Les images produites et pas seulement récupérées participent à la création d’un espace de structuration des informations de savoirs et d’échanges.

Certains profs admettent que les élèves prennent le tableau en photo, exemple avec une carte mentale. La difficulté ensuite c’est de savoir ce que l’on va faire de la photo. Comment on va l’exploiter, comment on va l’utiliser ? Quelle dynamique didactique et pédagogique on peut associer à cette possibilité de prendre un tableau en photo.


Concilier l’inconciliable ?

La généralisation et les facilités d’accès aux savoirs numérisés modifient en profondeur les modes d’acquisition « scriptolinéaires-séquentiels » traditionnels du professeur. Nous écrivons, ordonnons et apportons en enchainement logique des choses. Ceci ne correspond plus beaucoup au caractère « icono-zappeur-arborescent » des élèves d’aujourd’hui. Ils sont dans le monde de l’image, ils sautent d’une image à une autre et ils maîtrisent de manière très naturelle les processus d’arborescence.

Ils ne fonctionnent pas comme nous mais réussissent quand même.


Enseigner autrement ?

La posture du professeur change avec le paradigme numérique. L’enseignant doit se positionner autrement. Il devient médiateur, « faciliteur » d’une compréhension qu’il partage en temps réel avec l’élève et moins exposant d’un savoir bâti de manière formelle. Un exemple intéressant c’est « l’enseignement inversé ».

Il faut modifier ses pratiques. Le numérique peut permettre à certain moment de se concentrer d’avantage sur la médiation pédagogique, sur un questionnement concernant ce que l’élève n’a pas compris et comment je peux l’aider. Plutôt que de déployer toute mon énergie à transmettre un savoir, une information.

Les deux modes ne sont pas incompatibles, mais comment ajuster les moments où on sera dans le transmissif et les autres où on sera dans la médiation ?


Améliorer l’efficience pédagogique :

Comment maitriser la puissance de l’outil numérique, sans tomber dans le technicisme stérile ou le foisonnement artificiel ?

Impliquer l’identification des besoins pédagogiques prioritaires à traiter, avec ou sans le numérique.

Vers une démarche AMDEC (Analyse des Modes de Défaillance et de Criticité) pédagogique : analyse croisée des concepts de formation complexes critiques et à « automatiser » (enregistrer en « mémoire morte »). On dira qu’un cours est critique si le fait qu’il ne passe pas correctement entrainera des conséquences sur d’autres cours.

Utiliser le numérique quand je vais pouvoir faire mieux qu’avant, utiliser un outil différent pour passer outre les points difficiles.

Vers de nouvelles méthodes de travail :

- Des temps de travail synchrones en présentiel, en simultané et asynchrone (à distance et décalé).

- Nouvelles formes d’accompagnement et de remédiation (parcours de formation individuel ou collectif). Il faut profiter du numérique pour aborder le travail de façon collaborative. Il correspond au développement de la motivation des élèves et de la valorisation des productions.

- Le numérique est l’outil de formation de « tout au long de la vie ». On ne peut pas imaginer une école qui n’offre pas aux élèves un outil qui va leur permettre d’évoluer tout au long de leur vie.

Les formations à distance tout au long de la vie seront peut-être la clé de demain.

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